L’extérieur

L’extérieur, le lieu par excellence de l’état d’esprit Slow pédagogie.

Que fait l’enfant dehors ?

Spontanément il explore. Avec tous ces sens et à l’aide de toutes ses compétences motrices du moment, il investigue l’espace extérieur. Fort de sa curiosité, il s’arrête sur chaque détail de la nature qui s’offre à lui. Il lève la tête si un bruit vient du haut, il touche ses cheveux s’il sent le vent les faire bouger, il se baisse pour observer une petite bête.
A l’extérieur, l’enfant sent qu’il y a tant de choses à comprendre, il questionne volontiers.
Son expression motrice et créative, libérée des murs intérieurs, se manifeste plus largement ; l’enfant court, saute, grimpe. Il entreprend de lui-même des activités suivant son imagination et selon ce que lui inspire l’environnement rencontré.

Curieux, créatif, apprenant, autonome, le jeune enfant évoluant en extérieur apparaît sous des facettes que l’on sait essentielles dans la construction et le développement du tout petit.

 

Comment vivre l’état d’esprit Slow pédagogie en extérieur ?

… Principalement en re-considérant notre vision du dehors.
Malgré un dehors prometteur (au vu de ce que le premier paragraphe nous détaille précédemment) les enfants et les adultes en sortie ne semblent pas toujours tirer de bénéfices riches de plaisirs. La première impression libératrice à l’annonce de sortir ne laisse pas systématiquement place à un enthousiasme sur la durée. Comme si les enfants avaient trop rapidement fait le tour de ce qu’ils pouvaient faire dehors ; venant alors auprès des adultes chercher de l’occupation qu’eux-mêmes peinent à trouver.

Ce décalage entre promesses et résultats provient très certainement d’une erreur de représentation de l’extérieur. En considérant l’extérieur seulement comme un lieu de dépense physique, la plupart des espaces extérieurs dédiés à la petite enfance (parcs publics, cours de crèches ou d’écoles) ont été pensé pour l’expérience motrice. Les structures de motricité et les trotteurs sont ainsi les principaux meublants. Le tout sur un sol lissé et souple pour faciliter les déplacements et prévenir toutes bosses ou égratignures. Si ces éléments répondent très bien au besoin de dépense physique et à la contrainte de sécurité, il semblerait, qu’ils offrent une expérience du dehors limitée finissant par amoindrir le plaisir des enfants et des adultes à profiter de l’extérieur.

De leur côté les adultes accompagnant les enfants ont pris l’habitude de proposer l’extérieur comme réponse à un trop plein d’excitation – Puisque tu (vous) es (êtes) excités on va dehors -. Une traduction limpide de comment nous voyons le dehors.

Cette représentation axée sur le moteur a également le défaut de ne pas créer beaucoup de lien entre enfants et adultes ; les enfants courent, grimpent et glissent sur le toboggan, les adultes, eux, surveillent. Les échanges se réduisent alors souvent à « ne va pas trop vite », « fais attention », « laisse passer Théo », etc.

En effet, l’étiquette de danger semble difficile à décoller des temps de vie en extérieur ; les adultes apparemment envahis par cette préoccupation posent bons nombres d’arrêts aux élans de découvertes et d’expériences des enfants.

Par tous ces aspects, l’extérieur perd progressivement de l’intérêt et ce malgré une disposition naturelle des jeunes enfants à apprécier évoluer dehors.

Considérer l’extérieur sous une autre dimension va permettre de profiter pleinement de tout le potentiel du plein air et de créer du plaisir partagé.

*Se reconnecter à des souvenirs d’enfance peut aider à repenser les temps de vie en extérieur à offrir aux jeunes enfants. En demandant à un adulte quels sont ses meilleurs moments passés à l’extérieur durant sa prime enfance, à coup sûr sont cités les constructions de cabanes en bois, les séances de cuisine naturelle improvisées à base de terre, cailloux et bâtons de bois ou les goûters pris à l’ombre d’un arbre avec ses proches.
Tous aussi parlent du plaisir, sur le chemin de la boulangerie ou de l’école, à marcher sur le rebord du trottoir comme sur une poutre, à grimper sur les 3 marches de la mairie puis de redescendre en sautant ou encore du pont enjambant la rivière où ils jetaient, rituellement, 3 cailloux.
Ces moments pourtant si simples et dénués de tout matériel sont chargés d’explorations, de relation et d’imagination ; pour cette raison ils prennent de l’importance et s’ancrent dans les souvenirs du futur adulte.

*Cette nouvelle représentation en tête, la manière d’accompagner l’enfant dehors va changer.

– Sur le chemin.
Toutes destinations (aussi courtes soient-elles) deviennent prétextes à découvertes, à expériences. En cueillant toutes les découvertes présentes sur le chemin, nul besoin de passer par le parc en récompense au trajet effectué pour aller faire votre course – Une étape parfois synonyme de corvée pour l’adulte ou finalement de lassitude pour l’enfant qui après 3 tours de toboggan ne sait plus quoi faire-.
Ici on permet à l’enfant de se baisser sur son chemin pour regarder quelque chose de plus près, de nous questionner sur ce que c’est, sur le pourquoi et le comment. L’enfant se nourrit de l’échange avec l’adulte, sent ses connaissances se développer. Une fierté réciproque que chacun va ensuite ressentir : l’enfant se sentant devenir grand et l’adulte heureux de voir l’enfant devenir conscient de son monde.

Ainsi peut-on dire que le plaisir n’est pas la destination mais le chemin.

-Au parc.
Si les structures de motricité excluent l’adulte de l’aventure au parc, il est possible d’élargir les potentiels de découvertes de ce lieu et de créer des temps de partage. On peut aller au parc munis de petites bouteilles en plastique vides et décider ensemble de ramasser des trésors (cailloux, bâtons de bois, noisettes, etc), prendre l’habitude de s’approcher des massifs de fleurs et observer si des petites bêtes s’y logent, organiser des courses où, pour lisser les facultés physiques, l’enfant court en marche avant et l’adulte en marche arrière, etc.

Encore des moments riches de complicités et d’apprentissages en perspective.

-Dans le jardin de la maison ou en structure collective.
Quand on dispose d’un jardin ou qu’on travaille dans une structure collective, l’enjeu est de penser l’espace extérieur comme un lieu de vie complet offrant des explorations, des expérimentations et des découvertes variées.

° Une première idée consiste à créer des pôles, de la même manière que nous le faisons pour l’intérieur. Josée Lespérance, enseignante et formatrice québécoise propose dans un de ces articles [3] d’aménager l’espace extérieur par des ateliers comme suit. Un pôle “arts plastiques” avec des panneaux de coroplaste sur les clôtures qui serviront de supports à dessins, peintures ou collages ; un pôle manipulation grâce à des paniers fixés à la clôture contenant des autos, des animaux, des bonhommes. Il peut être intéressant d’ajouter une table sans chaise pour manipuler et se déplacer avec aisance. Des tuyaux transparents accrochés à la verticale ou en cascade offre la possibilité de faire descendre des objets. L’espace imitation peut se composer d’une cuisine d’extérieur avec un plan de travail en bois et de paniers pour les accessoires. Le coin lecture s’aménage en installant une piscine vide avec des corbeilles de livres à l’intérieur et des petits coussins. Un pôle eau et sable se réalise avec de petits bacs individuels et des accessoires de manipulations variés (passoires, entonnoirs, etc). Pour l’espace de grande motricité, il est possible d’accrocher à une corde à linge un drap avec des ronds découpés : l’enfant peut s’amuser à lancer des ballons dans les ronds. En suspendant des ballons sur des fils élastiques de différentes hauteurs : l’enfant peut jouer à frapper les ballons. Un tuyau d’arrosage sert à créer des chemins et une échelle au sol permet à l’enfant de se déplacer entre les barreaux.

° Redonner de la nature à ces espaces constitue est un deuxième axe essentiel. La vraie pelouse permet d’observer l’apparition de fleurs au printemps et apporte un élément sensoriel très intéressant. Un carré de terre offre la possibilité aux enfants d’aller au contact de cette matière naturelle dans laquelle on peut, par exemple, gratter avec un bâton de bois pour faire des trous ou voir passer des petites bêtes. La présence d’arbres est également un vrai atout. En plus de contribuer à la constitution d’un décor évoquant la nature, il fascine souvent les tout-petits qui regardent les feuilles bouger ; une occasion aussi de parler du souffle du vent dans les branches avec les plus grands. Aux branches d’arbres peuvent être accrochés des franges de tissus colorés ou des éléments réagissant au mouvement de l’air (tissus fluides, guirlandes de bouchons tintant avec le vent, etc). Conserver des talus et des buttes dans ces espaces donnent l’opportunité aux enfants d’évoluer sur un terrain varié, de travailler leur équilibre et leur vitesse.
Plus la nature est présente dans les espaces dédiés à la petite enfance, plus les occasions de découverte et d’apprentissage se multiplient. La question d’occuper à tous prix les enfants perd de son sens, puisqu’il suffit de se laisser porter par ce qu’amène la nature et de partager avec eux la découverte. En constituant un environnement verdoyant et naturellement sensoriel (contact de l’air, des matières, senteurs diverses, vue de fleurs colorées), la nature génère, chez l’enfant et chez l’adulte, des ressentis de bien-être. Le contact avec la nature détient quelque chose d’apaisant, de régénérant.

° Proposer de l’expérience complète la façon d’enrichir le jardin des enfants. L’adulte peut réfléchir à créer des ateliers d’ombres colorées sous les rayons du soleil, des expériences de prise au vent grâce à l’air ambiant, la construction d’habitats pour les petites bêtes rencontrées ou encore des ateliers de peinture à base de terre.

° Faire de l’extérieur un lieu de vie complet c’est aussi penser les repas et les repos au grand air. Tout comme l’adulte apprécie de manger en terrasse, de faire un pic-nique, de lire au grand air ou de s’y endormir, l’enfant aura également plaisir à ce que ces temps quotidiens lui soient proposés hors des murs. Prendre son goûter dans la pelouse est une expérience nouvelle que l’enfant aime raconter. Des hamacs au ras du sol peuvent inviter l’enfant à la l’observation tranquille et à la rêverie. Les lits de sieste peuvent aussi trouver leur place dans le jardin.

En diversifiant l’extérieur, l’adulte enrichit le potentiel ludique et pédagogique à offrir aux enfants. Si ces derniers s’en voient ravis, c’est aussi un gage de plaisir pour l’adulte qui retrouve alors son rôle d’accompagnement du jeune enfant dans ses découvertes.

En abordant les sorties dans un accompagnement Slow pédagogie,  nous créons des souvenirs agréables et certainement indélébiles dans la mémoire des adultes de demain qui auront, à leur tour, très envie de faire partager à leurs enfants les plaisirs de la vie en plein air.

 

Pour aller plus loin sur le sujet du jeu en extérieur :

*Les apports du jeu en extérieur à la lumière des écrits de spécialistes et de l’avancement des connaissances en neurosciences :

Passer du temps en extérieur apporte de nombreux bienfaits. Les écrits de spécialistes à ce sujet se multiplient particulièrement aujourd’hui ; certainement en réponse au constat que les enfants passent beaucoup moins de temps dehors qu’il y a quelques années. François Cardinal, auteur du livre Perdu sans la nature traite de ce sujet et constate que « le jeu libre en plein air est une richesse oubliée dans le quotidien de nos petits ».

– Les bienfaits physiques :
De nombreuses études médicales récentes affirment que le jeu en extérieur est bon pour la santé. Pour des raisons d’espace, le jeu est habituellement plus actif à l’extérieur qu’à l’intérieur : les déplacements et les mouvements sont moins contraints qu’à l’intérieur. Par conséquent, jouer dehors a un effet positif sur la condition physique, l’appétit, le sommeil. Au contact du dehors, l’enfant développe aussi davantage son système immunitaire. Certains chercheurs affirment qu’une « dose quotidienne de nature » peut prévenir et traiter de nombreux troubles médicaux comme la myopie, l’obésité ou des troubles de santé mentale comme l’impulsivité et la dépression. Dans ce sens, le Dr Lem, médecin de famille à Toronto spécialiste des questions d’environnement et de santé, écrit qu’il est bon de « prescrire la nature » [1] . Richard Louv, auteur du livre « Last child in the woods » parle, lui, du concept de « troubles déficitaires dus à une carence en nature » [2].
Sous un autre aspect, il est intéressant de noter que le terrain extérieur est plus « accidenté » (creux, bosses) ; l’enfant a ainsi l’occasion de développer ses habilités motrices en travaillant son équilibre, sa vitesse, sa coordination.
Enfin, les temps passés dans la nature, peuvent être faits de « rien ». Juste de respirations et de flâneries ; c’est alors qu’ils deviennent sources de détente générale, tant pour le corps que pour l’esprit. Le dehors est dans ces conditions un remède significatif au stress.

– Les bienfaits sur le développement cognitif :
L’environnement extérieur place l’enfant au contact de découvertes et d’expériences sensorielles diverses. Progressivement, l’enfant comprend le fonctionnement de la nature et de l’être vivant.
Le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes a récemment publié un cadre national pour l’accueil du jeune enfant où il mentionne largement le rôle essentiel que joue la nature pour l’épanouissement des enfants. La sensibilisation des enfants à la richesse et à la beauté de leur environnement naturel commence très tôt. Le contact avec les minéraux, les végétaux et les animaux est indispensable à leur épanouissement. Accompagner leur exploration et leur observation, leurs sensations des phénomènes naturels, des rythmes et des saisons, les aide à construire leur conscience du temps, de l’espace, et du vivant dans sa globalité »[3].
Cette opportunité de développement des connaissances est d’autant plus grande qu’en se sentant bien physiquement (grâce aux conditions agréables offertes par le plein air), l’enfant s’adonne avec plus de plaisir et de concentration à ses activités spontanées ou à des ateliers qui lui sont proposés. Le dehors représente un cadre très favorable aux apprentissages.
La créativité est elle aussi largement soutenue par les temps de vie en plein air. A l’extérieur, cadre moins structuré, moins contraignant, plus diversifié, l’enfant laisse libre cours à son imagination, compose son activité avec des éléments simples et naturels, donne à ces derniers l’usage qu’il souhaite. Naissent ici les soupes aux cailloux et les bâtons baguettes magiques !

-Bienfaits sur le développement affectif :
La liberté de mouvement et d’expression offerte par le contexte extérieur contribue pleinement au développement de l’autonomie de l’enfant. Celui-ci se sentant acquérir de lui-même de nouvelles connaissances et compétences accroît sa confiance en lui.
En extérieur l’enfant peut s’exprimer à travers d’autres « langages », d’autres compétences. L’adulte l’aperçoit alors sous des facettes différentes qu’à l’intérieur et prend conscience de la multiplicité des intelligences de l’enfant (intelligence du corps, des mains, intelligence artistique, collective, etc). Ce nouvel angle de vue joue un rôle très important dans le soutien au développement de l’estime de soi puisque les enfants ont alors la chance d’être reconnus différemment selon les contextes. Un enfant peut, à l’intérieur, être très peu participatif et solitaire, puis révéler une tout autre personnalité à l’extérieur, faite d’enthousiasme et de collaboration.
Apprendre à gérer ses émotions fait partie du développement affectif. La nature, par définition changeante (selon les saisons, les moments de la journée, la météo) offre à l’enfant une certaine expérience de l’imprévu, source de surprise, parfois de stress. Dans ce contexte il se familiarise progressivement aux sons inattendus, aux coups de vent et d’autres petits évènements naturels. L’enfant s’adapte au milieu, régule ses réactions et chemine vers plus de sérénité face à l’inattendu.

-Bienfaits sur le développement social :
Les conflits d’espace étant moins nombreux qu’à l’intérieur, le dehors est propice à la rencontre et au partage. Les enfants coopèrent dans leurs activités et parfois se viennent en aide.
L’enfant peut aussi trouver dans les temps de vie en extérieur l’opportunité de s’extraire du groupe, de vivre un temps pour lui, de se ressourcer pour éventuellement ensuite être mieux disposé au partage.

En répondant à de nombreux besoins et intérêts du jeune enfant (besoin moteur, besoin d’exprimer sa créativité, besoin d’apprendre, intérêt pour la nature et ses « habitants »), le jeu en extérieur procure un sentiment de bien-être général. Par là-même il participe au développement global de l’enfant car, nous le savons par les neuro-sciences, la sensation de bien-être libère l’ocytocine, favorable au développement du cerveau.

* Quelques liens vers des écrits à ce sujet :

– Article « La santé c’est dehors que ça se passe ». 21/03/2012. http://www.davidsuzuki.org/fr/blogues/vert-sante/2012/03/la-sante-des-enfants-cest-dehors-que-ca-se-passe/

– Publication du Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes. http://www.familles-enfance-droitsdesfemmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2017/03/Texte-cadre-v3.pdf

– Cardinal F. Perdu sans la nature. Québec Amérique. 2010.

 

 

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Ces écrits sont donc protégés par le droit d’auteur.
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