Le réalisme recherché

Le jeune enfant est animé par le désir de découvrir et comprendre son environnement.

Avec ses 5 sens, il veut, littéralement, voir, sentir, goûter toucher, écouter ce monde qui l’entoure. Grâce à eux, il capte une richesse d’informations inégalable qui lui confère une multitude de connaissances.

Tout ce que fait l’adulte intéresse et interroge le jeune enfant. Il voit bien que les actions de l’adulte permettent d’accéder à des choses ou de produire des résultats. Il a cette envie légitime de pouvoir faire de même.

Le jeune enfant préfère la vie « réelle » à la vie « reconstituée » que peut offrir un univers de jeu fait de miniatures et de faux-semblants.

Le tout-petit préfère jouer avec les Tupperware à côté de vous dans la cuisine plutôt que jouer avec des boites similaires dans son espace de jeu. Il préfère vous aider à couper une courgette cuite avec un couteau à beurre plutôt que de faire semblant de couper une courgette en plastique de la dinette qui n’a aucune odeur et qui restera intacte malgré tous ces efforts de découpe. Moudre des grains de café lors d’un atelier sur table lui plait beaucoup plus que de vous servir un café pour de faux. Tourner une essoreuse à salade, visser avec un vrai tournevis, passer l’aspirateur de la maison sont d’autres exemples d’activités plébiscitées par l’enfant au détriment de ses jouets.

Accéder à la connaissance d’un monde nécessite souvent l’immersion dans celui-ci. Des reportages télé peuvent nous apprendre des choses sur la culture d’un pays mais rien ne remplacera un voyage sur place qui nous permettra de voir, sentir, toucher, goûter cette culture. Pour connaître son monde, le jeune enfant a de la même façon besoin de s’immerger dans celui-ci. Evoluer dans un univers de jeu parallèle à la « vraie » vie a tendance à le frustrer.

Vers 4-5ans les choses évoluent. Satisfait d’avoir pu palper la réalité de son environnement proche, l’enfant accepte mieux les univers reproduits. Son accès à l’imaginaire contribue aussi au fait qu’il joue plus volontiers à reproduire des scènes avec ses jouets.

Plus son univers est fait de réel (en termes d’objets et de matières), plus le tout-petit investit sa découverte. Voici donc une piste précieuse pour savoir quel matériel proposer aux jeunes enfants.

Pour les livres, le critère du réalisme est également un élément objectif et pertinent pour nous aider à choisir.

Dans cette première période de vie, l’enfant est doué d’une grande capacité à emmagasiner de nombreuses connaissances. Maria Montessori parlait de « l’esprit absorbant » (propriété psychique propre à l’enfance qui rend le jeune enfant capable de prendre de l’information dans l’environnement et de la faire germer pour la transformer très rapidement, et sans effort conscient, en connaissance ou compétence).

Avec du recul, on sait à quel point il est plus facile d’apprendre que de désapprendre. Présenter des images réalistes aux tout-petits semble donc plutôt judicieux. On leur évite ainsi de devoir désapprendre que les chiens ne sont pas bleus !!… Sous prétexte de réaliser des livres très colorés et amusants pour la petite enfance, les illustrations des livres jeunesse sont parfois extrêmement éloignées de la réalité. Un engin de chantier avec des yeux et un grand sourire serait plus attirant ? Pas si sûr… Le jeune enfant passionné par un thème accorde beaucoup d’importance à la qualité du trait et du détail ; il appréciera beaucoup cette illustration de pelleteuse si finement dessinée qui lui rappelle vraiment celle qui a vu sur le chemin de la crèche ce matin.

Le détail du trait permet aussi à l’enfant de distinguer plus facilement ce que l’image représente. Il est plus évident pour lui de nommer ce qu’il voit quand la représentation est claire. Ne vous est-il jamais arrivé de ne pas savoir dire à votre enfant quel animal était dessiné sur cette page parce que ni la couleur, ni les proportions ne vous mettaient sur une piste sûre ?

Les livres réalistes ont aussi l’avantage de placer les différentes figures dans leur contexte réel. L’enfant peut donc établir aisément des liens avec la “vraie” vie et en comprendre les fonctionnements.

L’authenticité de l’image facilite la construction de la représentation mentale : capacité à se représenter mentalement un élément qui n’est pas présent sous nos yeux. De la représentation mentale découlent les compétences de reproduction (par le dessin) ou de verbalisation (capacité d’expliquer quelque chose que l’on a en tête).

Quels peuvent être ces livres “réalistes” ?

  • Les imagiers présentant de vraies photos ou des dessins très réalistes : ils sont de très bons supports de communication. Ils donnent accès à du vocabulaire et permettent à l’enfant de reconnaître des éléments de son environnement.
  • Les livres documentaires :  ils donnent l’occasion d’enrichir ses connaissances sur un domaine en particulier (ex : les animaux du désert, l’univers de la montagne, les véhicules de chantier, etc). Il est possible de s’éloigner des rayons jeunesse de la bibliothèque et d’emprunter un livre au rayon botanique ou géographie. Le texte ne sera peut-être pas complètement accessible au jeune enfant mais il appréciera très certainement la richesse et la qualité des images.

Dans le blog, un article sur les livres présente des exemples d’ouvrages « réalistes ». Dans l’article « matériel coup de cœur » se trouve des références sur les figurines d’animaux aux traits particulièrement réalistes.

Les textes de ce site internet sont le fruit de ma pratique et de ma réflexion.
Ces écrits sont donc protégés par le droit d’auteur. Si vous désirez les diffuser, les reproduire, les utiliser ou les traduire, n'hésitez pas à me contacter.
Le terme « Slow Pédagogie » est une marque déposée auprès de l’INPI.